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Les deux chevaux de Genghis Khan possède une intrigue simple – Urna, une chanteuse de la Mongolie intérieure, se rend en Mongolie extérieure pour exécuter la dernière volonté de sa grand-mère : retrouver les paroles d’une vieille chanson portant le titre du film. Mais ce documentaire narratif révèle bien des facettes : interrogation mélancolique sur la perte de son identité face aux remous historiques, hommage paisible à la sagesse des anciens, inquiétude face à une “modernisation” qui ne se préoccupe guère de ses conséquences… Mais au fil des images mon regard a été surtout capté par des petits détails : le silence d’Urna lorsqu’elle attend patiemment la réponse d’une ancienne à ses questions, son large sourire qui ne cesse d’illuminer son visage et l’humilité qui s’attache à chacun de ses pas, le thé qu’on sert invariablement aux visiteurs, les excuses qu’un luthier présente à la nature au moment de couper un sapin… Des petits gestes d’une simplicité confondante, mais qui traduisent autant de valeurs et d’attitudes qui sont devenues moins évidentes de ce côté-ci du monde : le respect, la chaleur et la simplicité. Le film nous rappelle, avec grâce et modestie, que la beauté est loin d’être uniforme : sublime dans un paysage de colines mongoles, discret dans le sourire d’une jeune femme et poignant dans les notes d’un chant ancestral.

En attendant de nouvelles notes sur le théâtre, je vous invite donc à découvrir ce film et la voix envoutante de la chanteuse Urna Chahar Tugchi, étrangement douce et puissante à la fois.

 

Un article du National Geographic sur le film

Une chanson d’Urna (Youtube)

Une autre chanson d’Urna (Spotify)

 

(Première fois que je me rendais en ces lieux)

 

 

Dans cette adaptation du roman de Michel Quint, André Salzet, seul en scène, raconte comment enfant il détestait viscéralement les clowns. Malheureusement pour lui, son père, instituteur autrement respectable, adorait jouer le clown amateur. Pourtant piètre clown, il embarquait toutes les semaines son épouse plus résignée qu’enthousiaste et ses enfants l’accompagner dans ses représentations. Celles-ci couvraient de honte le personnage d’André Salzet enfant qui ne pouvait comprendre comment son père acceptait de se couvrir ainsi de ridicule. Jusqu’au jour où le cousin Gaston lui raconte d’où provient cette étrange manie de son père…

La pièce est ainsi en deux parties : la première sert en quelque sorte d’introduction au coeur de l’histoire, une aventure à la fois sensible et drôle pendant la Seconde Guerre Mondiale vécue par Gaston et André, le père. J’ai eu certaines difficultés à me laisser emporter par la première partie de la pièce. Il y avait un décalage perturbant avec ce discours trop littéraire, peut-être agréable dans un roman, mais qui sonnait faux dans la bouche d’un acteur assez rigide et guindé au début de la pièce. Mais la pièce prend son envol lorsqu’André Salzet devient Gaston et commencer à narrer dans une gouaille amusante ses péripéties avec André. Sans pouvoir en révéler plus au risque de gâcher la surprise de l’intrigue, l’histoire narrée par un André Salzet alors beaucoup plus convaincant est à la fois tendre et amusante. Sans en faire des tonnes, la pièce est porteuse d’un sympathique message sur l’humilité, le courage et dans une certaine mesure, le devoir de mémoire. C’est dommage que lors de cette représentation, la pièce qui possède un certain potentiel comique n’est pas vraiment parvenue à déclencher les rires, la faute sans doute au faible taux de remplissage de la salle (mais avec le texte et la conviction du comédien, je n’ai pas de difficultés à imaginer qu’ailleurs la pièce a pu faire rire davantage).

Au final, même si cette pièce n’est pas la pièce de l’année, j’en retiens à la fois une jolie histoire et surtout la sincérité palpable et l’enthousiasme d’un comédien (deux choses suffisament rares pour être relevées), qui a tenu après la représentation quelques mots sur la mise en scène et le texte.

Il me reste de la lecture de certains poèmes le souvenir d’un vertige d’autant plus énivrant que le drame et la beauté jaillissaient d’à peine quelques mots. Des mots qui en plus se payaient le luxe d’être étrangement agencés, ce qui nimbaient ces poèmes d’une aura de mystère… Dans une large mesure, le spectacle de Ricardo Pais recrée cette situation assez rare où quelques éléments soigneusement agencés – six musiciens sur la gauche, une scène en bois surélevée sur la droite où se meuvent danseurs, chanteurs et comédiens, ainsi que de la vidéo et des ombres – suffisent à créer une atmosphère mêlant à la fois mélancolie, souffrance, beauté brute et sensuelle.

 

 

Alternant mise en scène de poèmes et de théâtre classique portugais (Fernando Pessoa, Antonio Ferreira, Almeida Garrett) et chansons de fado, Sombras évoque des histoires, des moments historiques et des états d’âme censés “raconter une certaine histoire du Portugal”, pour reprendre les mots du metteur en scène. Toutefois, les histoires et les personnages ne sont qu’esquissés, et si le spectacle est découpé en plusieurs séquences (“Yeux troubles” évoquant des amours perdus ou mal vécus, “Traffic” plus politique, ou une séquence flirtant avec le cabaret jazz), le fil qui aurait pu les relier était peu discernable. Ainsi une chanson sur un amour déçu pouvait-il être suivi d’une scène de danse plutôt militaire suivie d’un intermède oscillant vers le burlesque et l’absurde. Si l’ensemble du spectacle a quand même plusieurs intentions et thèmes récurrents en filigrane, une impression de collage se maintient. Ca peut être perçu comme une faiblesse du spectacle, car celui-ci est déjà relativement difficile d’accès pour quelqu’un qui n’est pas familier avec la culture et l’histoire portugaises, un peu compliqué à suivre de par la densité des textes dont les sous-titres ne faisaient pas toujours honneur. Si en plus il était difficilement lisible, cela pourrait expliquer le nombre de spectateurs partis en cours de route. Mais cette retenue et cette large place laissée à l’imaginaire et le ressenti est aussi ce qui fait toute la beauté légèrement mystérieuse du spectacle.C’est une des très rares fois où la beauté visuelle et musicale était d’une telle intensité que comprendre ce qui se passait devenait moins crucial. Le fado est en soi une musique fabuleuse, d’une mélancolie déchirante (la fameuse saudade ?). Mises en valeur par une excellente utilisation de la vidéo et de la lumière, avec le choix judicieux de quelques images évocatrices et l’utilisation de plusieurs écrans disposés sur toute la profondeur de la scène, ce qui créait parfois une densité extraordinaire (la 3D au cinéma peut se frotter avant d’atteindre cet effet), les parties chantées gagnaient en émotion et en beauté. C’est d’ailleurs un des rares spectacles où je n’ai pas ressenti l’utilisation de la vidéo comme un effet de mode ou un ajout superficiel, mais comme une partie intégrante au spectacle, donnant une texture visuelle aux chansons. Il y a aussi la découverte de la beauté d’une langue, qu’elle soit orale et musicale, ou qu’elle soit écrite et d’une grâce dénuée d’artifices. Par ailleurs, le spectacle n’hésite pas à insuffler de temps à autre de l’auto-dérision et une certaine ironie. Parfois ça apparait assez incongru et manque son effet. Je pense à une scène assez absurde, supposée être drôle j’imagine, où un duo affublé de casseroles répète des phrases sans queue ni tête (tirées d’une pièce contemporaine de Jacinto Lucas Pires), qui finalement tombait comme un cheveu sur la soupe. A d’autres moments, cette légère ironie était intriguante, voire comique. Ainsi d’une chanson oscillant légèrement vers le jazz où le chanteur donnait une caricature du crooner langoureux.

Au final, ce mélange d’une beauté protéiforme, d’émotions diverses incluant parfois la judicieuse intervention de l’humour, en ne faisant qu’effleurer les histoires pour laisser la place à l’imaginaire, donne un résultat théâtral fascinant, tour à tour plongé dans l’intimité et la détresse des amours déchirés, la sensualité du désir, puis une certaine brutalité ou noirceur.

Si les intentions d’origine de Ricardo Pais formulées dans le programme et les interviews (revisiter des thèmes récurrents du Portugal, faire une recherche sur la langue) pouvaient difficilement être perçues d’un point de vue étranger, il reste que son pari de briser les frontières entre différentes disciplines artistiques et de créer un théâtre musical est relevé avec brio. Certes Sombras pâtit de certaines faiblesses qui le rend beaucoup plus exigeant que ce qu’il devrait être, mais le spectacle reste des plus aboutis dans l’achèvement de sa proposition artistique, donnant lieu à une expérience théâtrale et musicale originale et excitante.

 

 

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