(Pièce vue précédemment en ces lieux : Je t’ai épousée par allégresse, mise en scène de Marie-Louise Bischofberger, une Valeria Bruni-Tedeschi interprétant une folle joyeuse et légère dans son angoisse, une comédie mignonne joliment portée par ses acteurs, dommage que le texte un peu plat ne permette à ces derniers de s’élancer complètement)
Imaginez-vous en train de dîner tranquillement lorsque le téléphone sonne alors que vous n’avez jamais installé le téléphone. Vous vous rendez compte que l’appartement où vous êtes n’est pas le votre, que les livres, les tableaux, les vêtements ne sont pas les mêmes. Au téléphone on demande un certain M. Schmitt. Or, vous n’êtes pas M. Schmitt, vous êtes M. Bélier. Mais on insiste, on dit que vous êtes bien M. Schmitt. Puis un policier, puis un psychiatre viennent, et vous disent que vous êtes M. Schmitt. Peu à peu, le cauchemar s’installe pour le couple Bélier, dont on veut à tout prix leur faire croire qu’ils sont deux autres personnes…
Sébastien Thiery a écrit une pièce dont certaines scènes sont truculentes et propices aux rires (nombreux) des spectateurs, et ce d’autant plus que Richard Berry et Raphaëline Goupilleau sont excellents en type énervé et paniqué dont le sarcasme et l’intelligence ne suffisent pas à dépasser la situation, et en épouse un peu simplette et résignée. Certains moments sont donc très drôles. Mais la pièce tient son suspense dans l’envie de savoir le dénouement et surtout de la réponse à la question qui se pose dés le début : comment cette situation a-t-elle pu arriver ? Comment les Bélier se sont-ils retrouvés à la place des Schmitt ? La pièce se termine sans apporter de réponse, mais fait le choix de porter l’absurdité jusqu’au bout avec les conséquences que la dite absurdité peut entrainer sur des êtres normalement constitués. Dans un sens, le choix d’une telle fin est cohérente, mais est singulièrement frustrante également. Sans cette réponse tant attendue, la pièce perd quelque peu de son intérêt. Il n’en reste pas moins que Qui est Monsieur Schmitt est une pièce qui, si elle ne révolutionnera guère le genre de l’absurde, saura au moins tirer avec talent quelques rires salutaires.
