Le dodo est cet oiseau mythique de l’île Maurice, disparu quelques siècles plus tôt et que Yannick Jaulin réanime de ses cendres pour en faire une sorte de symbole des espèces (et des populations) opprimées. Le dodo est cet oiseau pataud, qui ne sait pas même se servir de ses ailes, qui passe sa vie à faire tranquillement le tour de son île en regardant les autres oiseaux voler. Un gentil oisif en somme, un peu comme Maurice, un habitant de l’île, qui revendique son non travail (sublime qualité qui se transmet de génération en génération). Sauf que l’histoire veut que les Hollandais débarquent un jour, et, bien qu’ils qualifient sa chair de « dégoutante », finissent par décimer le dodo.
L’histoire du dodo donne un prétexte à Yannick Jaulin pour donner un spectacle souvent drôle, oscillant entre l’ode à ceux que la norme méprise parce qu’ils sont faibles ou veut anéantir parce qu’ils sont différents ; et des interrogations sur l’instrumentalisation des symboles et la capacité de chacun à ne pas céder à la pression d’un monde conformisant. Sans doute une des plus jolies qualités du spectacle est la prise de distance de Yannick Jaulin face à son sujet, ne donnant pas une seule version de l’histoire (l’oiseau victime), mais imaginant également l’oiseau devenir une star mondiale happée par son succès. Il donne la voix à des intervenants imaginaires, entre le pseudo intellectuel et le bon bougre parlant le patois, donnant leur point de vue sur son travail. Plusieurs histoires (dont une absolument géniale sur un Maurice pourtant indolent faisant un pied de nez au diable), plusieurs points de vue se télescopent ainsi, donnant de la richesse au spectacle. Certes en conséquence, ce dernier s’envole un peu dans tous les sens (avec un final que je ne vais pas révéler pour ne pas gâcher votre plaisir, mais que j’ai trouvé incongru car un tantinet grandiloquent, et donc peu en accord avec l’atmosphère globalement joyeuse et légère du spectacle, et parce que s’éloignant trop déjà du dodo). Et certains ressorts comiques ne font pas forcément mouche. Mais il se dégage de Yannick Jaulin une énergie communicatrice, un vrai talent de conteur, et du spectacle un humour festif, ni grossier ni prétentieux, sans chichi mais bien pensé, et les histoires, les « blerk ! » de l’oiseau, le patois, les néologismes (le dodo ne vole pas, il « piète »), les personnages truculents, font tous rire et emportent aisément le spectateur.
—
Un site des fans du “blerk” : le blerkclub
Et des extraits du spectacle :


